La visite de la délégation sénatoriale franco-guyanaise à Oiapoque et Macapa a suscité des commentaires tantôt convenus, tantôt salés dans la presse amapaense.
Coopération et orpaillage
On trouve d'abord le même communiqué factuel, émanant probablement du cabinet de Randolfe Rodrigues, sur les sites de deux quotidiens (Gazeta do Amapa et Jornal do Dia), résumant les principales interventions des sénateurs lors de la réunion d'Oiapoque, à laquelle assistaient également les députés fédéraux amapaenses Bala Rocha et Evandro Milhomen, le député local Paulo José et le chef du cabinet civil de l'Amapa, Kelson Vaz:
- Les quatre sénateurs franco-guyanais (Roland Du Luart, René Beaumont, Georges Patient et Jean-Etienne Antoinette) ont donc retrouvé leur homologue amapaense Randolfe Rodrigues côté Saint Georges, avant de traverser les 378 mètres du pont et de mettre ainsi un pied prudent du côté brésilien. Ils ont pu y constater que les travaux de la bretelle routière devant raccorder le pont au réseau routier amapaense sont paralysés; l'entreprise chargée des travaux considérant le montant prévu insuffisant pour couvrir ses frais.
- Lors de la réunion oiapoquense, deux segments de la société locale se sont fait particulièrement entendre: les piroguiers (qui voulaient faire part de leurs inquiétudes quant aux conséquences du pont sur leur activité et réclament des compensations, qui semblaient pourtant actées par les autorités brésiliennes) et les orpailleurs.
- Les principales réclamations concernent les relations commerciales, l'accès aux villes frontalières et la libération de Brésiliens incarcérés en Guyane.
- Les parlementaires français auraient indiqué que la "coopération est possible et souhaitable" mais que "la présence de près de 10.000 orpailleurs clandestins sur le territoire français est le principal obstacle". Roland du Luart, président du groupe interparlementaire d'amitié France-Brésil, a arrondi les angles par des propos plus abstraits: "le pont doit être un symbole d'union et non de discorde", affirmant que lui et les autres sénateurs présents représentaient un consensus, celui que la région frontalière devienne "un grand bassin commun de développement et de vie".
- La délégation a rappelé également la recommandation du Sénat français d'approfondir les relations bilatérales avec le Brésil et le Suriname dans la même logique de développement , avec l'Amapa comme base, défendant une coopération décentralisée entre les organes locaux. Le sénateur amapaense Randolfe Rodrigues rappelant qu'il portait un projet de décret législatif allant dans ce sens.
- Jean-Etienne Antoinette semble avoir été assez offensif sur le sujet de l'orpaillage clandestin, indiquant que en même temps que le commerce légal progresse, le commerce illégal d'or prospère dans la même proportion. Il a souligné "qu'il n'est pas acceptable que l'environnement de la Guyane soit détruit", que "l'exploration clandestine de l'or vole la Guyane et peut être assimilé à de l'esclavage moderne", rappelant que "les activités qui découlent de cette exploitation, comme le trafic de drogue ou la prostitution, ne peuvent plus continuer". De son point de vue, "pour que la coopération puisse continuer, l'exploitation aurifère telle qu'elle est pratiquée actuellement doit cesser".
- Le sénateur Randolfe Rodrigues a considéré que des "échanges sincères sur les problèmes concrets de la frontière étaient indispensables à une relation fraternelle entre les deux pays".
- Une lettre résumant les points centraux d'une coopération avec la Guyane, pour les Amapaenses, a été remise par les parlementaires brésiliens à leurs homologues : l'internet haut débit, la pêche, le tourisme, la culture, la santé, les sciences et les technologies.
- La visite des Franco-Guyanais a également révélé des besoins de ce côté-ci de l'Oyapock: une dépendance encore importante aux usines thermo-électriques chères et polluantes (une piste intéressante, sachant qu'une ligne à très haute tension devrait arriver de Tucurui jusqu'à Oiapoque en 2014, ndr), et un port dont le tirant d'eau est limité, ce qui pourrait offrir des possibilités intéressantes au port de Santana.
Visite du port de Santana
Ces thèmes auront sans doute été repris le soir, lors du dîner donné par le gouverneur Camilo Capiberibe à Macapa, avant de visiter le port de Santana (ce qui est repris à la une du Jornal do Dia, qui exprime ainsi les fortes attentes brésiliennes dans ce domaine... qui ne seront pas forcément pour plaire aux personnels de Degrad des Cannes). Les sénateurs rencontrant ensuite des chefs d'entreprises intéressés par les échanges commerciaux.
Commentaire incendiaire dans "A Gazeta"
On notera que les propos de Jean-Etienne Antoinette sur l'orpaillage clandestin ont été violemment attaqués dans la rubrique de brèves "gazetilha" de la Gazeta do Amapa (journal appartenant aux frères Borges et donc proche du groupe Waldes). Le rédacteur y indique notamment que "le sénateur a traité durement les Brésiliens présents lors de la réunion d'Oiapoque", qu'il aurait réclamé "l'expulsion immédiate de tous les Brésiliens travaillant clandestinement en Guyane", rembarrant, selon le journal, la présidente de l'Association des Garimpeiros, Duda Lamarão, qui demandait une négociation, Antoinette défendant l'usage de la force. Le rédacteur continue en accusant Jean-Etienne Antoinette de "feindre d'ignorer que les clandestins brésiliens sont utilisés comme main d'oeuvre à bon marché à large échelle par les Guyanais eux-mêmes, qui sont les véritables propriétaires des sites d'orpaillage clandestin, et eux-mêmes responsables de la dégradation de l'environnement dans leur pays". L'auteur conclut perfidement que "Monsieur Antoinette a été élu en 2008 par un parti de gauche, imaginez s'il avait été allié de Sarkozy". (ouvrez l'image de l'article pour l'agrandir)
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